vendredi 16 mars 2012

Comme elle, je ne le nommerai plus.

Numéro un peu spécial de Libé d'hier dans lequel à été confié à des écrivains le soin de rédiger le journal. Et comme les écrivains sont volontiers facétieux, ils ont décidé de faire tout le journal sans écrire une seule fois son nom. Ils l'appellent "l'Ui" (Hélène Cixous, qui signe l'édito, explique pourquoi). Cela donne des phrases assez drôles, tout au long du journal (un journal bourré de pépites, d'ailleurs, bien plus inattendu que d'habitude, faudrait faire ça plus souvent...) Et non seulement c'est drôle mais, même tôt le matin, ça fait réfléchir.

Daniel Scheidermann dans son matinaute  du jour ajoute:
A la sommation qui nous est faite, à nous journalistes, de nommer les choses, les phénomènes, les crises, les doctrines, les institutions, ou les gens, comme ils ont toujours été nommés, comme on veut que nous les nommions. Et à l'incroyable et subversif pouvoir qui consiste à les dé-nommer, à les autre-nommer, quand ça nous chante, pouvoir que nous devrions exercer plus souvent.

Depuis le 16 mai 2007, la compagne de mes jours n'a plus jamais prononcé son nom, plus jamais, pas une erreur, pas un oubli. Au départ j'ai pris cela comme une bouderie dont elle n'est pourtant pas coutumière. Aujourd'hui, ici, je m'engage à faire comme elle dès le soir du second tour, si d'aventure nos concitoyens décidaient de le reconduire à cette fonction. Je les connais trop depuis 3 siècles pour espérer en leur discernement:

Dès 1665, Spinoza interrompt provisoirement la rédaction de l’Ethique et écrit son Traité théologico-politique, dont une des questions principales est :
  • pourquoi le peuple est-il si profondément irrationnel?
  • pourquoi se fait-il honneur de son propre esclavage?
  • pourquoi les hommes se battent-ils « pour » leur esclavage comme si c’était leur liberté?
  • pourquoi est-il si difficile non seulement de conquérir mais de supporter la liberté?  

dimanche 11 mars 2012

jeudi 8 mars 2012

Bravo à toi, Jeff !

Il n'a pas trouvé d'autre travail que celui de bourreau.
C'était ça ou voir ses enfants mourir tour à tour dans les souffrances de la faim.
Un jour, il croise le regard de celui qu'il a pour tâche d'exécuter et il décide à la seconde, de laisser sa hache au sol.
   

Lui a 23 ans.
Il frappe à la porte d'un appartement.
Une femme lui ouvre.
Brusquement un court circuit éclate dans la tête dans la tête du jeune homme, une radicale incompatibilité entre son ordre de mission et ce qu'il découvre:

"Il y avait des cafards sur sa porte, deux enfants dans ses bras, trois autres assis par terre, je ne pouvais pas couper, je ne pouvais pas..."

Jef est employé d'ERDF/GRDF. Son travail consiste à couper le courant et le gaz à celles et ceux qui ne peuvent plus payer. Pendant les trois mois d'été 2011, Jeff a réalisé plus de 400 interventions "coupure non paiement. Et là, soudain, à l'instar du bourreau, il décide de ne pas couper.

Cette pauvre femme, entourée de ses enfants ne sont pas des gens à couper, ils ne sont pas coupables.
Ils sont les malheureuses victimes d'un monde qui les dépasse.

Jeff est menacé de licenciement.

Jeff ce jour là , s'est comporté comme un Juste.

Bravo à toi, Jeff!

dimanche 4 mars 2012

Idir hier soir à Besançon: un moment de pur bonheur





Idir récite "Lettre à ma fille" et sa fille Tanina l'accompagne au piano (le texte ici)

samedi 25 février 2012

La rupture avec le capitalisme

"Les débats entre les prétendants au pouvoir concernent davantage la personnalité des candidats, les vrais et les fausses intentions, mais n'abordent pas l'enjeu de la rupture avec le capitalisme qui est l'objectif à fixer pour répondre aux voeux de la population broyée par le système". (1)

A quand une nouvelle façon de penser la politique,
à quand une autre façon de penser l'argent, 
"l'argent qui corrompt,
l'argent qui achète,
l'argent qui écrase,
l'argent qui tue,
l'argent qui ruine,
et l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes". (2)

(1) Danielle Mitterand
Ce que je n'accepte pas
entretiens avec Gilles Vanderpooten
ÉDITIONS DE L'aube. 2012. p. 28
(3) citant le discours de son mari
au congrès d'Épinay en 1971

Fantastiques jeunes médecins!

Sur l'Ile de la Réunion, l’association de formation médicale Med’Océan, vient de décerner le prix Med’Océan d’or (1000€) qui récompense une thèse de médecine générale qui aura démontré son indépendance vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique tant dans son élaboration que dans ses réflexions  (absence de conflits d'intérêt, pas de financement de la thèse, pas de sponsor lié à l’industrie ayant pu influencer le contenu.) Lire ici.

Le prix de thèse a été remis en décembre 2011à  àThomas JAN et Servane AILLET pour la thèse intitulée:
De Tananarive au Caire : Un aperçu du métier de médecin généraliste libéral dans le contexte des systèmes de santé locaux. Lire la conclusion p.129

Profitons de l'occasion pour rendre hommage aux deux thèses suivantes:
   
  • Vision des laboratoires pharmaceutiques par les internes de médecine générale grenoblois. Par Sophie SINSARD. Lire la conclusion p.44
     
  • Les Recommandations pour la Pratique Clinique élaborées par les autorités sanitaires françaises sont-elles sous influence industrielle ? Par Louis-Adrien Delarue. Lire ici



mardi 21 février 2012

Bonne nouvelle (quand même...)

En 1994, un jeune médecin africain et un encore jeune médecin français venaient de diagnostiquer un cancer chez une jeune femme. Le médecin africain lui donna des antalgiques et la renvoya mourir chez elle. Il expliqua à son collègue qu'il n'y avait pas de possibilité de chimiothérapie, de radiothérapie dans tout le pays.

Aujourd'hui, 17 ans plus tard, l'encore jeune médecin africain annonce au plus très jeune médecin français que sa cousine termine sa spécialisation en cancérologie et sera ainsi la première cancérologue du pays.
Entre temps des milliers de malades sont morts sans autres soins que quelques antalgiques dans une ancienne colonie française.

Récemment, un des philosophes pour télévision s'enorgueillait de ce que la France fût le pays d'où naquit l'idée de la décolonisation là où son grand oncle (1) scandait au parlement:
" Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (...) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures."

De toute évidence, la civilisation n'est pas allée jusqu'au partage du savoir en cancérologie et des moyens de soigner ceux là mêmes à qui l'on refuse l'accès à notre pays.

(1) Jules Ferry:« Les fondements de la politique coloniale » Discours prononcé à la Chambre des députés : le 28 juillet 1885