Dans son livre "Mes Philosophes" p141, Edgar Morin écrit qu’on n'a toujours pas pris conscience de l'ampleur du message qu'Ivan Illich nous a adressé dès le début des années 70.
Il insiste particulièrement sur les dégradations psychiques regulièrement imputées à des problématiques privées mais demeurent invisibles à la conscience politique.
La réponse au mal-être psychique est pour chacun d'ordre médical: somnifères, antidépresseurs, psychothérapies, psychanalyses, gourous, mais n'est toujours pas perçu comme un effet de civilisation.
En 2010, il a fallu 27 suicides et 16 tentatives chez France Télécom pour que les méthodes de management soient incriminées et que la direction consente à revoir l’organisation pathogène qu’elle a patiemment mise en place
Ivan Illich indiquait clairement que le mal-être psychique accompagne les progrès du bien-être matériel, qui finalement produit autant de maux que de bienfaits. Il pointait la dégradation intérieure de nos existences sous les effets de l'hyperspécialisation, de la mécanisation, du mercantilisme généralisé.
Pendant toutes ces années, la psychiatrie biologique a pris un grand ascendant sur le traitement des troubles mentaux. (A titre d'illustration dans le domaine de médecine de ville, 60 à 70 millions de boites d'antidépresseurs sont vendus par an dans les pharmacies françaises ref p.58) or, après des années d’annonces prometteuses, le bilan apparaît limité et pour le moins discutable.
François Gonon, neurobiologiste, directeur de recherche CNRS à l’institut des maladies neuro dégénératives à l’université de Bordeaux revient sur la biologisation de la santé mentale, tant du côté de la prise en charge des patients qu’en ce qui concerne les critiques formulées à l’encontre des autres méthodes psychiatriques. Lire : La psychiatrie biologique: une bulle spéculative? par François Gonon, (Revue Esprit nov 2011)